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Lettre d’information - Actualités
FloriHebdo - Lettre #4 - 14 avril 2020
 
RELIRE GUILLAUME APOLLINAIRE
 
FloriHebdo - Lettre #4
 
Guillaume Apollinaire en 1913
Manuscrit autographe de « Mai » (Alcools, 1913)
 
 
APOLLINAIRE POÈTE ÉPISTOLIER ET CRITIQUE D'ART
« Mai » chanté par Robert Cottard, postier écrivain
 
Relire Apollinaire en ce moment, pourquoi pas ? Alcools, par exemple, son premier recueil qui rassemble quinze ans de poésie, où se mêlent le lyrisme et le prosaïque, les motifs de l’amour perdu et du temps qui passe à l’agitation du progrès, les Poèmes à Lou, lettres enflammées échangées de 1914 à 1915 avec Louise de Coligny-Châtillon rencontrée peu avant de partir à la guerre ou, encore, la correspondance avec Paul Guillaume qui témoigne d’une passion pour les arts premiers et la modernité artistique… Ces deux derniers ouvrages ont reçu le soutien de la Fondation La Poste. Parus respectivement en 2007 aux éditions Textuel et en 2016 dans la collection Arts et Artistes chez Gallimard, ils s'intitulent : Je pense à toi mon Lou, édition revue et commentée par Laurence Campa, et Guillaume Apollinaire - Paul Guillaume, Correspondance, édition de Peter Read.
Si Alcools a été publié au Mercure de France en avril 1913, la suite des Rhénanes, dont fait partie « Mai », date de 1902. Apollinaire est à l’époque précepteur en Rhénanie chez la vicomtesse de Milhau et s’éprend de la gouvernante anglaise, Annie Playden, qui refuse ses avances.
Lauréat du Prix des postiers écrivains en janvier 2020 pour Les Calendriers (l’Olivier), Robert Cottard nous offre une mise en musique de ce poème élégiaque aux accents printaniers.

NATHALIE JUNGERMAN
 
 
Entretien avec Laurence Campa. Extrait 1.
Propos recueillis par Natnalie Jungerman (FloriLettres n°88, 2007)
 
Laurence Campa Apollinaire est un des poètes les plus novateurs de son temps. Mais il n’innove jamais qu’en conservant. Contrairement aux avant-gardistes de son époque, il ne rompt pas avec le passé, il s’en nourrit pour trouver des territoires nouveaux. Il est dans l’ordre et l’aventure, la tradition et l’invention. Sa poésie se caractérise par l’usage d’une grande liberté formelle : ruptures syntaxiques, ordre des mots inversés ou répétés, introduction de mots familiers, techniques, créations lexicales, libertés syntaxiques, alternance entre vers traditionnel, élégiaque et vers libre ou prosaïque… C’est un jeu subtil entre tradition et modernité.
Il disait que lorsqu’il écrivait, il entendait toujours une musique intérieure. Par conséquent, les innovations, les ruptures s’ordonnent, s’intègrent dans une cadence particulière, une mélodie, une musique propre, celle du poète que l’on entend quand on lit. La poésie d’Apollinaire est souvent bien proche de la chanson.
 
 
ROBERT COTTARD
chante « Mai » de Guillaume Apollinaire
 
Robert Cottard est né en 1945. Il a exercé la profession de facteur jusqu'en 2000. Depuis, il écrit, lit sans trêve, compose des chansons. Il a reçu le Prix des postiers écrivains 2020 pour Les Calendriers, Éditions de l'Olivier, 2019.
 Il chante « Mai » accompagné par son fils Vincent Cottard...

Le mai le joli mai en barque sur le Rhin
Des dames regardaient du haut de la montagne
Vous êtes si jolies mais la barque s'éloigne
Qui donc a fait pleurer les saules riverains

Or des vergers fleuris se figeaient en arrière
Les pétales tombés des cerisiers de mai
Sont les ongles de celle que j'ai tant aimée
Les pétales flétris sont comme ses paupières

Sur le chemin du bord du fleuve lentement
Un ours un singe un chien menés par des tziganes
Suivaient une roulotte traînée par un âne
Tandis que s'éloignait dans les vignes rhénanes
Sur un fifre lointain un air de régiment

Le mai le joli mai a paré les ruines
De lierre de vigne vierge et de rosiers
Le vent du Rhin secoue sur le bord les osiers
Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes

Apollinaire, Alcools
 
 
Je pense à toi mon Lou
Poémes et lettres d'Apollinaire à Lou
Nouvelle édition revue et commentée par Laurence CAMPA
Éd. Textuel, 2007
Avec le soutien de la Fondation La Poste

 
 
 
Laurence CAMPA
Guillaume Apollinaire
Éd. Biographie Gallimard, 2014
Prix de la Biographie Le Point 2014
 
 
 
Entretien avec Laurence Campa. Extrait 2.
Propos recueillis par Natnalie Jungerman (FloriLettres n°88, 2007)
 
Les lettres [à Lou] qui se poursuivent en vers, sorte de poèmes épistolaires, ont des tonalités différentes qui mêlent respect – parfois on dirait l’adresse d’un troubadour à une châtelaine –, audace, érotisme, réalité quotidienne…
 
Laurence Campa Apollinaire utilise toute la gamme qui est à sa disposition pour conquérir Lou. Les poèmes ont pour mission de séduire, de dominer et de posséder. Apollinaire rappelle dès le début de la correspondance, qu’il est bien élevé, qu’il se nomme de Kostrowitsky, que c’est un poète accompli et fameux, le ton est respectueux, chevaleresque… Puis la métaphore est audacieuse, charnelle, elle doit provoquer, faire sourire, donner corps à l’expression de son désir ardent. Lou n’est pas farouche et lui permet d’unir l’amour, la jouissance et la poésie, de vivre un amour littéraire dégagé de tout moralisme. Apollinaire a été auteur et éditeur de littérature érotique et pour lui, la littérature n’a rien à voir avec la morale. Telle une héroïne des romans du XVIIIème siècle, Lou incarne ce que le poète cherche, à la fois une forme de noblesse et une extrême liberté. Elle est son inspiratrice, sa muse, une femme réelle et un être de mots. Je crois qu’il faut lire les Poèmes à Lou en pensant qu’il s’agit aussi d’une construction littéraire. Apollinaire chante son bonheur, célèbre la sensualité de la femme aimée ou exprime le regret qui l’accable. À partir du moment où il est au front, il s’imprègne d’une réalité quotidienne, prend la mesure du conflit, tire le meilleur parti de son expérience de la guerre. L’inspiration s’adapte à ce que le poète rencontre.
 
Guillaume Apollinaire et Paul Guillaume, Correspondance 1913-1918.

Édition de Peter READ.
Introduction de Laurence CAMPA et Peter READ
Gallimard, coll. Arts et Artistes / Musée de l’Orangerie, 2016. Avec le soutien de la Fondation La Poste
 
Lorsqu’il rencontre Paul Guillaume, Apollinaire a déjà signé maintes préfaces à des catalogues d’expositions, de nombreux articles critiques sur l’art, publié notamment une belle édition de L’Enchanteur pourrissant illustrée des bois gravés d’André Derain... Il fréquente les galeries, connaît tous les artistes de son temps et son influence est à son apogée...
 
Peter Read En effet, Apollinaire était depuis 1910 le critique d’art attitré d’un grand journal quotidien, d’abord L’Intransigeant et ensuite le Paris-Journal. Dans sa rubrique quotidienne, il couvre les grands salons annuels, ainsi que les expositions dans les galeries, parcourant régulièrement des kilomètres de peinture. Il avait signé dès 1902 ses premières chroniques d’art, dans La Revue blanche et L’Européen.
 
Entretien avec Peter Read 
dans FloriLettres 173
 
Chaque année Voix du Sud et la Fondation La Poste remettent un prix découverte à un artiste dont les talents particuliers ont été repérés durant les Rencontres d'Astaffort. Francis Cabrel, Jean Bonnefon (Président de Voix du Sud) et Marie Llobères (Déléguée générale de la Fondation La Poste) ont récompensé, jeudi 9 avril, Gabriel Joseph et Baptiste Ventadour dans un contexte très particulier...
 
 
Le Louvre-Lens chez vous : le Blog. Au programme, des contenus inédits : histoire de l'art, commentaires d’œuvres et idées d'activités à faire à la maison y sont publiés tous les jours.
 
 
Cet email a été envoyé à nathalie.jungerman@laposte.net.
 
 
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